Collecte du verre: comment maîtriser les coûts? 

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Pendant des décennies, le verre a été, pour les communes, un déchet dont la gestion allait de soi, avec des coûts de collecte et de traitement maîtrisés. Cette évidence a pris fin avec la fermeture de la verrerie Vetropack en 2025. Entre des frais de logistique en hausse et une rétrocession en recul, comment une commune peut-elle contenir ses dépenses sans dégrader son service ? Pour y répondre, nous avons sollicité des spécialistes et recueilli l’expérience de deux communes.

Ce que la fin de Vetropack a changé

La Suisse est un modèle de tri du verre avec plus de 95 % des bouteilles et bocaux collectés et un geste de tri de la population qui se maintient. Jasmine Voide, directrice romande de Recycling Swiss, explique qu’avec la fermeture de la verrerie Vetropack à Saint-Prex, c’est la suite de la chaine qui s’est profondément transformée. Plus de 70 % du verre usagé est désormais exporté vers les pays voisins pour être transformé en nouvelles bouteilles, en transitant par la plateforme d’Eclépens, exploitée par AVJ Transports et Voyages. L’allongement des trajets par camion et le suivi restreint du recyclage effectif à l’étranger soulèvent par ailleurs des questions de durabilité. Environ un tiers du verre reste en Suisse pour être transformé soit en verre cellulaire chez Misapor, soit en laine de verre chez Isover ou en filtre d’eau pour les piscines et aquariums chez Dryden Aqua.

D’où viennent les augmentations de prix ? 

Sur la période 2024-2025 où l’évacuation du verre était devenue complexe, les organismes de gestion des déchets et les entreprises de recyclage ont joué un rôle d’amortisseur : « Les recycleurs et leurs transporteurs se sont pliés en quatre pour trouver les solutions, constituant des stocks pour que les hausses de prix se ressentent le moins possible pour les commues », explique Jasmine Voide. « On voit là tout l’un intérêt d’établir une relation de confiance sur la durée avec un repreneur ». Malgré cela, les nouveaux flux vers l’étranger et la hausse des prix du carburant ont entrainé une augmentation des frais de logistique et beaucoup d’acteurs n’ont pas eu le choix que d’augmenter leurs tarifs.

Des effets contrastés selon les communes

À Saint-Aubin (FR), commune de 2’100 habitant·es, la municipale Christel Tschanz n’a constaté aucune conséquence sur ses factures. Le verre y est collecté exclusivement à la déchèterie, accessible toute la journée au moyen d’une carte, où une grande benne séparée par couleur reçoit les apports.

À Montreux, qui compte 28’000 habitant·es, le verre est collecté mélangé sur les écopoints et séparé à la déchèterie. Le responsable de la propreté urbaine, Alexis Dartois, dresse un constat plus nuancé. Il se souvient d’une période confuse où il a fallu aller chercher des informations par soi-même. Le repreneur, qui avait anticipé la fermeture en orientant les flux vers la France et l’Italie, a évité toute rupture de service. Mais l’effet sur les coûts s’en est ressenti : le traitement a augmenté de 10 francs la tonne auprès du repreneur tandis que les frais de transport n’ont pas explosé. Si la rétrocession couvre encore les coûts de traitement, ce n’est plus le cas pour le transport.

La question de la rétrocession

L’organisme Vetroswiss perçoit une taxe de 2, 4 ou 6 centimes sur chaque bouteille achetée, et le montant encaissé est réparti en fonction des quantités collectées. Les tarifs de la rétrocession évoluent d’année en année, avec 96 francs la tonne en 2023, 92 francs en 2024 et 88 francs en 2025. « La rétrocession a durant longtemps couvert, au moins en partie, les frais des communes, mais de nos jours ce n’est plus le cas et cela dépend aussi des distances parcourues par le transporteur. » relève Jean Paul Schindelhoz, directeur de Strid SA avant de poursuivre: « Dans le contexte actuel, la question de l’adaptation des montants devrait se poser.» Pour Jasmine Voide, la taxe n’a pas pour vocation de couvrir l’intégralité des coûts et il appartient aux communes de maîtriser les frais. Parmi les autres difficultés rapportées pour les communes, le décalage entre le moment où la bouteille est taxée et celui où elle arrive dans la benne, ce qui génère un montant de rétrocession qui n’est pas en phase avec la réalité budgétaire communale.

2027 : une taxe étendue aux emballages alimentaires

À partir du 1er janvier 2027, la nouvelle ordonnance sur les emballages étendra la taxe d’élimination anticipée aux emballages alimentaires et cosmétiques, pour un montant compris entre 1 et 10 centimes. Les communes devraient donc recevoir un peu plus, mais Jasmine Voide prévient que cette évolution ne suffira pas à couvrir l’ensemble des coûts. Montreux, de son côté, a vu son budget de gestion des déchets 2027 augmenter, alors que la population ne constate aucun changement sur le terrain. Pour les élu.es, l’enjeu consiste donc aussi à expliquer une hausse dont le service ne porte pas la trace.

3 leviers pour maîtriser les coûts

Le mode de collecte pèse directement sur les recettes : le verre trié par couleur ouvre le droit à la totalité de la rétrocession, soit 88 francs la tonne, contre 60 % seulement pour le verre mélangé, soit 52.80 francs. Pour Alexis Dartois de la commune de Montreux, le passage au verre trié constitue dès lors une piste pour les petites communes. Jasmine Voide de Recycling Swiss invite toutefois à la prudence, car ce gain n’est pas automatique: « Le tri par couleur renchérit le transport : le verre vert se remplit plus rapidement, et il faut alors évacuer la benne dans son ensemble. Ce qui était vrai il y a cinq ans ne l’est plus. » Elle conseille de refaire régulièrement les calculs, de privilégier une grande benne lorsque la place le permet et d’espacer les enlèvements, chacun représentant un coût.

Pour Alexis Dartois, il n’y a pas de solution universelle : la bonne est celle qui correspond aux besoins de la commune. Plusieurs pistes s’offrent à elles, comme l’installation de conteneurs plus volumineux pour réduire le nombre de levées, ou la suppression des points de collecte en écopoint. Un choix qui entraîne toutefois une perte de service pour la population. Il y a aussi la question de l’investissement dans le matériel, qui dépend des tarifs et de la politique du transporteur. Le sujet est complexe, mais trouver des solutions implique de remettre l’ensemble de la question sur la table.

Montreux a, pour sa part, opté récemment pour l’investissement: la commune a installé des sondes de niveau afin de ne déclencher la collecte qu’à partir de 80 % de remplissage. Cette mesure évite les passages à moitié vides et permet de réaliser des économies, qui doivent amortir la dépense. 

Lorsque la collecte du verre n’est pas autofinancée par les montants versés par Vetroswiss, la loi prévoit que les collectes de matières recyclables non couvertes par une taxe ou une rétrocession soient financées par la taxe forfaitaire. Montreux a dû relever sa taxe forfaitaire de 5 francs, dans un contexte global d’augmentation des coûts et Alexis Dartois constate que la population commence à s’en lasser. Les habitant·es ne voient aucun changement dans le service sur le terrain, car ces ajustements servent uniquement à compenser des facteurs indirects. 

Face à ce constat, il revient à chaque commune d’analyser ses coûts et de retenir la solution la plus adaptée à ses besoins. Le choix se résume à une alternative : conserver le niveau de service actuel en acceptant un résultat financier moins favorable, ou maintenir l’équilibre financier en réduisant le service. À chacune de décider où placer le curseur.

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